Marché

Le marché mondial du faucon : ce que montrent vraiment les données CITES

Pas de "marché à X milliards de dollars" fiable : les seuls chiffres solides sur le commerce international du faucon viennent des statistiques officielles CITES. Voici ce qu'elles disent, et ce qu'elles ne disent pas.

6 min readPublished 23 September 2026

Un marché sans chiffre global fiable

Toute estimation de "taille du marché mondial du faucon" en milliards de dollars, que l''on croise parfois en ligne, provient de sources sans méthodologie vérifiable et doit être ignorée. Il n''existe pas, à ce jour, d''étude de marché publique et sourcée qui chiffre ce secteur dans son ensemble. Ce qui existe, en revanche, ce sont des statistiques officielles de commerce international d''espèces protégées, tenues par le Secrétariat CITES, qui donnent une image partielle mais solide de qui échange quoi, et dans quelles proportions.

Ce que disent les statistiques CITES sur les Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis sont, de loin, le premier importateur mondial de rapaces au sens de la CITES : plus de 75 000 spécimens importés entre 1975 et 2020, soit environ 40,8 % du commerce légal mondial de rapaces sur cette période. Le Qatar (7,4 %) et l''Arabie saoudite (3,7 %) suivent, loin derrière, avec le Koweït à 3,1 %. À eux quatre, ces pays du Golfe concentrent donc plus de la moitié du commerce légal mondial de rapaces recensé par la CITES.

Sur le détail par espèce pour les Émirats, la répartition penche nettement vers les hybrides (plus de 50 000 spécimens sur la période), suivis des gerfauts (plus de 30 000), puis des faucons sakers (plus de 21 000) et des faucons pèlerins (environ 13 000), l''espèce qui donne son nom au marché mais qui n''en est, en volume, qu''une composante parmi d''autres.

Ce que les prix d''enchères montrent, et ce qu''ils ne montrent pas

Les prix qui circulent dans la presse (des records ponctuels entre 400 000 et 470 000 dollars pour un gerfaut blanc, observés lors d''enchères en Arabie saoudite et aux Émirats) sont réels mais trompeurs si on les prend pour un prix moyen : ce sont des records d''édition, sur des oiseaux d''exception, et la variabilité d''une enchère à l''autre est importante. Le segment haut de gamme courant, hors record, se compte plutôt en dizaines de milliers de dollars. Il n''existe pas de prix "de marché" unique : le prix dépend de la lignée, du palmarès de chasse ou de compétition, de l''espèce et de l''édition d''enchère.

Les institutions qui structurent ce marché

Le commerce du faucon dans le Golfe s''organise autour d''un nombre restreint d''institutions de référence : l''Abu Dhabi Falcon Hospital et le Doha Falcon Hospital côté soin et suivi vétérinaire, l''EFCAD (Abu Dhabi Falconers' Club, organisateur du President Cup) et le Saudi Falcons Club (organisateur des enchères de Riyad) côté compétition et enchères, la Mohammed Bin Rashid Falconry Cup comme rendez-vous sportif majeur. Ces institutions ne sont pas des acteurs commerciaux au sens classique : ce sont des points de passage obligés pour qui veut comprendre où se rencontrent réellement l''offre occidentale et la demande du Golfe.

Un marché structurellement encadré, pas un marché libre

Le point le plus souvent sous-estimé par qui découvre ce secteur : ce n''est à aucun moment un marché de libre-échange. Le faucon pèlerin, comme la majorité des espèces concernées, relève de l''Annexe I de la CITES (Annexe A du règlement européen), la catégorie la plus protégée. Chaque transaction internationale suppose donc, en amont du prix et de la négociation, un permis d''importation obtenu avant le permis d''exportation (voir les dossiers réglementaires de ce centre de connaissance). Le "marché" du faucon est donc, avant tout, un marché de conformité documentaire : deux acheteurs prêts à payer le même prix pour le même oiseau n''ont pas nécessairement le même accès à la transaction, selon que leur pays de résidence a ou non une autorité CITES réactive.

Ce que ce dossier ne prétend pas mesurer

Ces chiffres CITES couvrent le commerce légal déclaré. Ils ne mesurent ni le commerce illégal, ni les transactions internes à un même pays, ni la valeur des services associés (dressage, équipement, vétérinaire, transport), qui pèsent significativement dans l''économie réelle de la fauconnerie du Golfe sans apparaître dans une statistique d''import/export d''espèce.

Sources

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